Commentaire sur l'épisode 1 de VINCENZO
2021, 20 épisodes, Netflix
Précaution : il n’y a pas de spoils sur l'intrigue globale, mais j’évoque une partie du 1er épisode (jusqu'à la scène finale) donc à éviter si vous voulez ne rien savoir du tout.
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Tout d'abord, je voulais remercier celles qui m'ont poussée à regarder Vincenzo, sachant que de base, les histoires de mafieux je ne suis pas trop fan. Aussi je voulais revenir avec vous sur mon visionnage du premier épisode, pour vous faire partager mon enthousiasme !!! Franchement, je ne m'attendais pas du tout à ça, et le premier épisode m'a conquise, espérons que ça dure...
Vincenzo m'a happée d'emblée dans son univers, une forte empreinte musicale qui rythme chaque moment, une belle luminosité qui met d'emblée en valeur le visage de Song Joong ki et surtout une mise en scène soignée, des plans très esthétiques, un vrai langage cinématographique.
L'histoire commence le jour des funérailles du parrain dont Vincenzo était le Consigliere (sorte d'avocat et conseiller), il rend visite à un mafieux probablement ennemi, se confronte au fils de l'ancien parrain, manque de se faire assassiner, puis prend l'avion pour rentrer, à priori temporairement (on sent des rancœurs toujours présentes) en Corée.
Vincenzo Cassano, est d'emblée mis en valeur, plans d’ensemble qui mettent l'accent sur le volume, la hauteur, la profondeur, plan de biais où Song Joong ki semble défier la gravité, on ressent la puissance, le grandiose, le solennel.
Lorsqu'il se rend sur la propriété d'Emilio, vue aérienne, longue route droite qui va jusqu'à une propriété gigantesque, un petit avion passe au-dessus et surplombe la scène, une tension à la "North by northwest" s'installe (La mort aux trousses, scène mythique où Carry Grant est poursuivi par l'avion dans un lieu isolé), on se demande ce qui va se passer, quel danger plane...(l'intuition ne trompe pas).
S'ensuit une courte confrontation verbale avec le "parrain local", (10-0 pour Vincenzo ) où entre les plans surplombants, les bruits de bouche ridicules (il mange des spaghettis, of course), les mots grossiers et insultes utilisées, la tenue décontractée chemise entrouverte et bretelles, le mafieux Emilio est gentiment ridiculisé face à un Vincenzo impeccable. Celui-ci, costume sur mesure parfaitement ajusté, paroles mesurées, coup de vent qui fait à peine bouger ses cheveux est l'incarnation de la classe. Même quand il marche, son allure a la classe...
Puis il s'en va, lance négligemment son briquet allumé derrière lui et tout flambe (l'avion répandait des matières inflammables), sans même qu'une étincelle l'atteigne. Du grand art, une maîtrise absolue.
L'humour est dans l'opposition des personnages et ce petit décalage qui rend Vincenzo comme paré d'une cape d'invincibilité, alors que dans la réalité il flamberait probablement avec le reste...
Une autre confrontation avec le fils du défunt parrain, Paolo, plans en plongée contre-plongée qui mettent clairement en exergue la grandeur de Vincenzo vs la petitesse de son opposant.
Nouvelle scène de confrontation à ses assassins potentiels, Vincenzo a toujours un tour d'avance, mais il montre également qu'il peut être sans merci.
Enfin, nous retrouvons Vincenzo dans l'avion qui le ramène en Corée, dernier appel téléphonique à Paolo, il contrôle tout au millimètre, même à distance, au point que l'autre se sent observé, et toujours cette petite touche d'humour dans les dialogues "Au fait, je m'excuse par avance, je sais que c'est ta voiture préférée", le gars a juste le temps de se retourner et la voiture explose.
Très jolie transition avec la vue de nuit depuis l'avion sur l'Italie, brouillard, vue de jour sur (je suppose) Séoul. Les 18 premières minutes, sont magnifiques, chaque plan est soigné, esthétique, la mise en scène nous parle.
Le drama se poursuit en Corée et joue sur les contrastes. Les plans sont globalement plus resserrés, il n'y a plus de grandiose, de solennité. L'humour redevient plus théâtral, plus frontal, typique des dramas coréens.
Vincenzo qui maîtrisait tout en Italie se retrouve dès son arrivée victime d'escroquerie par un taxi, rendu impuissant dans un monde dont il ne connaît plus les codes. Par contre l'humour continue de courir, le réalisateur nous rend complice en nous envoyant des indices, un gros plan sur la bouteille d'eau, la radio allumée qui parle des escroqueries par de faux taxis, seul Vincenzo perdu dans ses pensées semble ignorer ce qui va lui arriver.
Par la suite, c'est le côté humain, donc fragile, de Vincenzo qui est mis en avant, il ne lui arrive que des déboires, il pose sa main sur un rebord dégoûtant et collant, il dort dans un appartement miteux où la douche est soit froide, soit brûlante, le jet d'eau fonctionne par à-coups. La musique qui dans la première partie italienne accompagnait et soulignait ses actes, accentuant leur importance, souligne maintenant son infortune, marchant elle aussi par à-coups comme une vielle radio déréglée.
La belle et précieuse veste de costume a rétréci, le plat de pâtes du faux cuistot italien est répugnant, bref les mésaventures s'enchaînent et nous en venons à plaindre le pauvre Vincenzo, légèrement piteux...
Le contraste joue aussi sur l'opposition des personnages:
D'un coté, Vincenzo, avocat de la mafia donc forcément peu recommandable, qui s'exprime avec beaucoup de retenu (sauf quelques flambées dans la partie coréenne où il jure en italien ), mais qui a des principes, une éthique (comme sa conversation avec Paolo le montre, car il le méprise de s'en être pris à des femmes ou enfants)...ce qui contribue à nous le rendre sympathique malgré son statut.
A l'inverse la jeune et belle avocate coréenne, tout en mimiques, théâtralisation, effets de manche mais qui malgré le cadre de son métier de Loi est visiblement capable d'acheter un témoignage pour gagner un procès, éthique guidée par l'argent...au point que son père, avocat intègre quant à lui, veut la renier.
Enfin, les différents mafieux italiens, impressionnants de part leur statut mais qui se révèlent grossiers, incompétents, un peu ridicules...Versus les habitants de l'immeuble en voie de destruction, personnes populaires, désargentés, au statut social bas, à priori "insignifiantes" et qui lors d'une première visite de l'immeuble sont présentées avec un humour très coréen comme des personnes inquiétantes, possiblement dangereuses, aux mines patibulaires, avec plein de mimiques accentuées. Le non familier est plus dangereux que des tueurs entraînés de la mafia , issus d’un monde dont on maîtrise les codes.
L'épisode se conclut sur une nouvelle confrontation à des sortes de mafieux locaux, Vincenzo reprend enfin le pouvoir dans un univers qui lui est de nouveau familier, cela semble annoncer que même déboussolé, notre héros, comme on s'en doutait bien évidemment, ne va pas se laisser faire et saura se montrer intraitable comme on sait déjà qu'il peut l'être. Loin d'être faible, il paraît reprendre le dessus.
En résumé, je me suis régalée, happée d'emblée par une réalisation très soignée, cinématographique et très sensorielle (lumière, volume, musique omniprésente...) qui nous immerge d'emblée. L'humour est présent en permanence, sous des formes elles-mêmes contrastées, et qui rend l'ensemble assez jubilatoire.
To be continued...
So Drama
Crédit image: tvN/ via Nautiljon
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