Love Alarm: Commentaire

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Sur la dynamique amoureuse

(Spoils certains et nombreux !!!)

En lisant de nombreux commentaires sur Love Alarm, j’ai remarqué que le choix amoureux de Kim Jojo était à l’origine de la plupart des sentiments négatifs vis-à-vis de ce drama. Entre ceux qui disent ne pas la comprendre, ceux qui lui en veulent et ceux qui la qualifient d’égoïste ou égocentrique, elle n’est pas épargnée. J’ai un avis différent et je vais donc vous proposer mon interprétation et les éléments qui me paraissent les plus significatifs.

 

Le poids du trauma

Progressivement, nous apprenons que les parents de Kim Jojo ont voulu se suicider avec elle mais qu’elle a réussi à s’enfuir sans parvenir à réveiller ses parents.

Comment un tel évènement pourrait ne pas avoir marqué durablement notre héroïne ? Ainsi, Kim Jojo souffre d’un lourd trauma qui l’impacte dans différents domaines, même si elle a maintenu une importante sur-adaptation. En effet, Kim Jojo fait tout pour rembourser ses dettes, ne pas être un poids pour sa tante (bien que sa tante et sa cousine appuient constamment là où ça fait mal), être une bonne élève... De plus elle tait ses souffrances et ses besoins, comme si elle ne devait jamais faire de vague, qu’elle était de trop. Dans sa relation de couple elle semble répondre à la demande de son petit ami sans y trouver son compte. De plus, elle cache son passé même à son amie proche. Au-delà d’une certaine culpabilité et honte liée à cet évènement, cela pointe sa difficulté à élaborer un moment qui reste pour elle innommable, irreprésentable et auquel elle évite de se confronter.

Lorsqu’elle rencontre Hwang Sun-oh, il est vite évident que celui-ci l’attire. Rapidement elle se laisse charmée et une relation assez passionnelle commence à la franche initiative de Sun-oh. Mais Sun-oh se montre d’emblée intense, fusionnel, il veut la voir tout le temps, là où elle cherche à temporiser. L’accident de scooter sur l’île de Jeju, alors qu’il conduit imprudemment, sans regarder devant lui, me semble marquer symboliquement la dangerosité de cette relation. Sun-oh ne prend pas le temps, il fonce aveuglément dans la relation comme sur son scooter, il n’attend pas de comprendre Jojo, ses besoins, ses angoisses, trop pressé par ses propres besoins impérieux (d’être vu, reconnu et aimé). L’amour intense de Sun-oh est un amour où l’on peut se perdre, disparaître en tant que sujet. Or dans l’expérience de Jojo, l’amour peut littéralement vous asphyxier, vous tuer.

Face à cela, Kim Jojo fait le choix du retrait, non par égoïsme, non par confort, mais par nécessité, pour sa survie psychique. Là où Sun-oh a besoin de preuves d’amour, d’explicite, de paroles énoncées, de présence constante, elle a besoin de temps, d’apprivoiser ses émotions, de silences, d’espaces de liberté. Deux modes dictés par des besoins non négociables mais opposés.

Avec l’aide de son créateur, l’application Love Alarm lui servira alors à nier et étouffer ses sentiments. Kim Jojo utilise le fameux « bouclier » qui lui permet de ne pas dévoiler ses sentiments (l’alarme de celui qu’elle aime ne sonne pas même si son application est ouverte). Celui-ci est bien l’équivalent de défenses psychiques contre l’angoisse et un risque d’effondrement dépressif. Il lui permet d’être dans l’évitement de ses propres affects, jusqu’à les nier, car elle n’arrive plus à les gérer.

In fine, ce mécanisme de défense est si efficace qu’elle finit par ne plus savoir quels sont ses véritables sentiments, ou tout du moins elle ne se fait plus confiance pour savoir les reconnaître.

De ce fait, elle cherche désespérément à désactiver ce bouclier afin que l’application puisse de nouveau attester de ses sentiments. Mais on ne peut pas aussi facilement retrouver ce qu’on a enfoui... La lance apparaît alors comme une tentative, un peu bancale, de reprendre le contrôle. Même si ce moyen échoue, il marque le début de l’évolution de Kim Jojo qui par ce biais reprend progressivement le contrôle de sa vie et de ses affects. Notons, qu’il se passe quatre ans entre le début de l’histoire et la deuxième partie, temps qui semble avoir doucement permis à Kim Jojo d’évoluer.

Cette maturation aura été un peu longue, mais Kim Jojo finit par se refaire confiance, c’est alors qu’elle peut énoncer son choix.

Alors pourquoi le discret et attentiste Hye-yeong ? Hye-yeong montre qu’il est à l’écoute de la personne qu’il aime, il sait être attentif, patient, il sait accepter ses mises à distance, ses absences. Il sait accueillir pleinement Jojo telle qu’elle est, là où elle est, sans s’imposer, sans lui mettre de pression ni poser d’ultimatum. Il n’est jamais étouffant. En ce sens, il est quasiment le parfait opposé de Sun-oh.

Ainsi, bien que moins flamboyant, l’amour que lui propose Hye-yeong est le seul habitable pour elle. Celui qui se construit dans la durée, celui où chacun peut rester lui-même et libre, celui qui la sécurise par sa stabilité et lui permet d’apprivoiser lentement ses émotions.

Un amour moins intense mais qui pourrait bien devenir plus profond.

 

Le poids du regard social

Un autre élément qui vient clairement faire obstacle à la relation de Jojo avec Sun-oh c’est le regard collectif porté sur leur relation. En premier lieu Sun-oh attire déjà tous les regards, sa prestance charismatique et son assurance font qu’il est naturellement admiré, aimé et envié. Entamer une relation avec lui c’est s’exposer, se retrouver au centre de l’attention, scrutée de tous, jalousée.

De plus Sun oh vient d’un milieu riche et influent tandis qu’elle doit travailler juste pour rembourser sa dette. Elle est ainsi rapidement suspectée de profiter de la relation pour obtenir des avantages financiers, ce qui est pourtant entièrement faux, Kim Jojo étant déterminée à garder son amour-propre. Cependant sa cousine, jalouse de sa relation avec Sun-oh, relance perfidement ces accusations tout en dévoilant partiellement l’histoire de Jojo, ce qui conduit à de nombreuses rumeurs.

Ainsi le regard désapprobateur du collectif vient réactiver son trauma infantile qui fait d’elle « celle qui est en trop », qui aurait dû mourir avec ses parents, comme le laisse entendre sa cousine. Kim Jojo porte déjà honte et culpabilité à la suite du traumatisme, aussi le poids du jugement collectif est-il bien trop lourd pour elle.

Quatre ans plus tard, Jojo est à l’université et Sun-oh vient la voir lors d’un cours en amphithéâtre, alors que parallèlement il est en couple. Ce moment met en scène parfaitement ce théâtre du jugement collectif aussi violent qu’aveugle, et qui pour elle semble se répéter sans fin.

Les empêchements à cette relation sont donc durables et profonds.

 

Sun-oh et Hye-yeong

Hwang Sun oh est de condition sociale élevée ayant grandi dans un faste matériel mais avec de graves carences affectives. Une mère visiblement narcissique et dépressive, peu et mal présente, un père uniquement préoccupé de ses ambitions professionnelles et totalement absent. Depuis tout petit, Sun-oh vit une forme d’abandon où ses besoins ne sont pas pris en compte.

La carence affective nourrit la dépendance, et Sun-oh grandit en s’appuyant sur le fils de la gouvernante, Hye-yeong avec qui il devient ami mais dans une relation asymétrique, fondée sur le besoin. A l’inverse de Sun-oh, Hye-yeong sait taire ses propres nécessités pour faire passer son ami avant lui.

Ainsi, malgré les apparences, malgré sa prestance et son charisme, Sun-oh est fragile narcissiquement et dépendant affectivement. Je décrirais le charisme de Sun oh comme viscéral, c’est un charisme qui s’est construit sur la nécessité d’être vu, reconnu et aimé, tout ce que ses parents ne lui ont pas donné.

De son côté, Hye-yeong a grandi avec une mère très aimante et chaleureuse, se souciant de son bien-être, mais obligée de travailler durement en l’absence du père incarcéré. Aussi est-il plus équilibré affectivement, plus empathique et attentif aux besoins des autres. En revanche, il semble avoir du mal à se trouver légitime. Entre sa condition modeste, la honte d’avoir un père en prison, et sa mère qui travaille et vit « au service » d’une famille aisée, Hye yeong a visiblement pris l’habitude de passer après, comme si c’était normal. Il se met lui-même « au service » de Sun-oh.  Cela peut expliquer une certaine passivité de son côté au moment où il aurait pu se déclarer auprès de Jojo.

 

Qu’est-ce qui déclenche la cristallisation amoureuse chez Sun-oh ?  

Nous pouvons bien sûr supposer qu’il s’agit d’un coup de foudre et considérer que cela ne s’explique pas. A l’inverse, je pense que ce choix n’est pas hasardeux tel que montré dans ce drama.

En effet, après deux ans passés aux Etats-Unis, Sun-oh cherche immédiatement Hye-yeong et le retrouve préoccupé d’une autre, au point de ne pas lui répondre au téléphone. Le besoin de retrouver son ami s’exprime alors de façon pressante : « Tu réponds pas à mes appels et textos ? », « Pourquoi tu rentres si tard ? Tu savais que je revenais aujourd’hui. », « Je suis là alors démissionne. » (Épisode 1). La possessivité de Sun-oh dans ses relations est présente d’emblée.

Kim Jojo est d’abord perçue comme celle qui pourrait menacer cette relation. Un moyen de court-circuiter celle-ci est alors de s’accaparer directement cet objet amoureux. Dans le même mouvement, c’est aussi une façon de se rapprocher de Hye-yeong à travers celle qu’il aime. Ainsi, il se retrouve dans une nouvelle relation de rivalité qui les place dans une position symétrique par rapport à Kim Jojo, une position où chacun peut se refléter dans l’autre.

Il est aussi notable que la première fois que Sun-oh croise le regard de Kim Jojo, elle ouvre la fenêtre du bus en souriant. C’est comme une respiration, un temps de liberté fugace qui contraste avec l’enfermement familial que vit Sun-oh, assigné à une place de bon fils d’une famille qui existe uniquement comme vitrine politique. Aussi Sun-oh cristallise immédiatement sur cette image de Kim Jojo.

Très rapidement, il va la courtiser avec insistance et dans une certaine urgence. Une fois son choix amoureux établi, Sun-oh n’en dérogera plus, même lorsque Jojo le quitte, et ce malgré son succès auprès de la gent féminine. Il reste obstinément fixé dans une dépendance affective très douloureuse pour lui. Il faut noter que Jojo est visiblement toujours amoureuse de lui lors de cette séparation, ce qui ne peut évidemment pas échapper à Sun-oh, prêt à interpréter chacune de ses expressions. L’impossibilité de Jojo à mettre des mots sur ses ressentis, ne fera alors qu’entretenir involontairement un état où Sun-oh reste suspendu à elle. Sun-oh tentera plus tard de se réparer dans une relation-pansement qui sera également un échec, n’étant pas parvenu à tourner la page de cette relation.

 

Un final aux couleurs de l’espoir

Lorsque Kim Jojo choisit Hye-yeong, aussi douloureux que cela soit pour Sun-oh, c’est enfin une porte qui se referme. Une possibilité pour lui de faire réellement son deuil et d’aller de l’avant. C’est au dernier épisode qu’ils se disent véritablement aurevoir, Sun-oh regarde Jojo s’éloigner et il revoit la lycéenne qu’elle était il y a quatre ans. Et c’est bien à cette Kim Jojo là qu’il était resté attaché, dans un temps quasi figé. Ce moment est donc un nouveau départ pour lui, celui d’un temps qui peut reprendre son déroulement normal.

Le drama suggère même qu’il pourrait commencer à aimer différemment, lorsqu’il dit à Lee Yuk-jo, sa petite amie jusque-là assez malheureuse : « Je ne peux toujours pas te faire sonner. Mais je reviendrai. Demain, et après-demain. Si je continue, un jour peut-être, je pourrai la faire sonner. ». Nous entrevoyons la possibilité d’un amour qui naîtrait de la constance et non pas d’une urgence.

Quant à la relation de Kim Jojo et Hye-yeong, c’est une vraie histoire d’amour qui débute, pas seulement la fuite d’une relation perçue comme dangereuse. Cela est confirmé tout à la fin par Chon Duk-gu qui dit à Kim Jojo qu’elle aurait pu savoir qu’elle était amoureuse de Hye yeong même avec son bouclier. « Dès que tu l’as aimé, ton nom aurait disparu de la liste des gens qui l’aimeront » (ce qui était arrivé mais avait été mal interprété par Hye-yeong). Et le drama se termine sur l’historique non dévoilé des Love Alarm de Kim jojo avec lui, en aparté avec les spectateurs, tandis que le couple n’a plus besoin de la confirmation de ses sentiments.

Une scène essentielle est celle où Jojo revient faire une course à Jeju, après avoir écrit à Hye yeong qu’elle a une dernière chose à faire avant de pouvoir être complètement honnête avec lui. Et cette fois elle ne court plus pour fuir, pour éviter, mais pour affronter son passé, se reconnecter avec elle-même. Elle se revoit enfant courir dans des paysages éclairés par le coucher de soleil et qui vient se jeter dans ses propres bras. C’est à mon sens une des clefs pour comprendre le drama. C’est bien parce qu’elle peut prendre ce temps pour se reconnecter à son moi infantile, pour être présente à elle-même, qu’elle pourra être présente pour quelqu’un dans une vraie relation. Ce n’est évidemment pas la fin du trauma, mais son acceptation ainsi que des émotions qui vont avec. Elle cesse d’enfouir qui elle est, elle s’autorise à exister pour elle-même et à être heureuse, en abandonnant sa culpabilité. Ce n’est pas une résolution magique, mais l’aboutissement d’un long et lent processus de reconstruction. A cet égard, son activité créatrice au travers du Monde qui sonne, son compte type Instagram, est un outil fort qu’elle utilise pour sublimer ses traumas.

De son côté, Hye-yeong est celui qui pouvait attendre que ce moment arrive, avec patience et détermination, là où Sun-oh avait besoin d’elle dans l’immédiateté.

La fin n’est pas triste, elle est ouverte vers l’espoir, la résilience, la construction de quelque chose de nouveau, pour chacun d’entre eux. Elle est douce et lumineuse, comme le sont les images, sans être vraiment joyeuse, toujours teintée d’une légère mélancolie.

Tout n’est pas résolu, rien n’est certain, mais l’espoir illumine doucement cette fin.

 

So Drama

Crédit image: Netflix/ via Nautiljon

 

 

 

 

 

 

Une famille atypique ou la métaphore d’une thérapie familiale

 

Quand une famille d’escrocs s’en prend à une famille dysfonctionnelle, cela produit des étincelles… et des changements thérapeutiques !

 

*

Dès le départ le scénario s’amuse à opérer des renversements, et il poursuit cette dynamique de nous révéler ce qui est caché derrière l’apparence tout au long des épisodes.

Brillant jeu du chat et de la souris où l’on se demande en permanence qui trompe qui, ce drama m’a d’abord rappelé le film coréen Parasites. En effet, de façon un peu similaire, on y voit une famille d’escrocs s’insérer dans la vie d’une famille de privilégiés afin de détourner ses richesses. Et, comme dans ce film, la famille cible est en fait elle aussi bien dysfonctionnelle. On ressent un vrai malaise, tous les personnages nous paraissent d’abord malsains et ou mal intentionnés. Cependant, au fil des épisodes, la dynamique change, cet étrange parasitisme semble porter des fruits inattendus et parvenir à soigner les différents membres de cette famille.

J’en viens au point principal de mon commentaire, ce drama me paraît être une sorte de métaphore de la thérapie familiale.

En effet, on commence avec une famille où tout le monde est visiblement malade, la grand-mère dans le contrôle et la rigidité qui cherche à tout maîtriser, le grand-père qui s’est perdu en route au point de devenir invisible, le père alcoolique, la tante en obésité morbide avec des troubles alimentaires sévères, la jeune fille dans une apparence de phobie intense du regard des autres (qui tout d’abord dissimule sa capacité surnaturelle), et un repli sur soi.

Ensuite, on y introduit une personne étrangère et la famille qui fonctionnait en vase clôt, de façon mortifère, se voit dès lors obligée de s’ouvrir à la nouveauté. C’est par son regard neuf et décalé que cette Do Da Hae va introduire progressivement des changements bénéfiques pour tous. Telle une thérapeute familiale au regard affûté, elle s’adresse avec bienveillance à chacun et perçoit les angles morts, ce qu’on ne voit plus comme ce qui est dénié.

Je fais ici une courte parenthèse sur la bienveillance de Do Da Hae. Même si dans l’histoire celle-ci paraît d’abord feinte du fait des objectifs dissimulés, elle semble plutôt se révéler authentique par la suite.

Ainsi Do Da Hae montre au grand-père qu’elle le voit et qu’il est important, elle révèle son rôle perdu de soutien de l’ensemble de la famille.

Auprès de Bok I Na, sa place d’étrangère semble permettre à celle-ci de la regarder dans les yeux. Nous pouvons supposer que les enjeux affectifs qui peuvent parfois bloquer la communication avec nos proches - car nous pouvons craindre le regard qu’ils ont sur nous du fait des enjeux affectifs - sont ici moins présents. De plus, cela confirme la réelle bienveillance de notre héroïne, puisqu’avec son pouvoir de lire dans les pensées, Bok Ina est certainement la mieux à même d’en juger.

De même, Do Da Hae pousse la grand-mère à appréhender différemment ses rêves prémonitoires et à ne plus en avoir peur. Elle la pousse à voir ce qui est devant ses yeux mais qu’elle ne voyait plus, et à lâcher de son contrôle (car de fait cela lui montre combien ses tentatives étaient inefficaces).  C’est l’altérité et le fait de décaler la vision de chacun sur soi-même, ainsi que sur les autres membres de la famille, qui aura des effets thérapeutiques.

Avec le très charmant Bok Gwi Ju, la dynamique est poussée encore plus loin, parce qu’elle l’accompagne à revisiter son passé traumatique, et lui permet de retrouver un pouvoir d’action sur sa vie. Après avoir été pris dans une spirale stérile, une répétition sans fin d’une tentative de sauvetage impossible, elle lui permet de retrouver la capacité d’agir sur les évènements, de les influencer. Cela le sort de sa dépression où culpabilité, rumination mortifère et haine de soi (avec tendance active à l’autodestruction) occupaient tout le terrain (principalement via son alcoolisme). Dans le drama, cela se matérialise en particulier par la couleur qui s’étend lorsque le héros est dans le passé, c’est la vie qui revient et s’étend.

Nous pouvons également penser que le personnage de Grace (« sœur » de Do Da Hae) ainsi que le « tonton » et la « mère » de Do Da Hae sont des sortes de co-thérapeutes. Plusieurs de leurs actions auront finalement des effets bénéfiques. Par exemple, c’est d’abord « à cause » de Grace, puis grâce à elle, que Bok Dong Hee retrouve sa capacité à léviter puis à voler. Si au départ les deux femmes ne se font pas de cadeau, le regard dur, mais à la fois lucide et sans fard de Grace sur Dong Hee la pousse finalement à retrouver son estime d’elle-même, elle vaut mieux que d’être avec cet homme lâche et cupide avec qui elle prévoit de se marier. Et une fois l’estime de soi retrouvée, elle récupère son pouvoir de voler, puis les kilos s’envolent à leur tour (et non l’inverse comme elle se le figurait).

Ainsi, chacun retrouve des capacités d’action sur la réalité et se réapproprie sa place et ses décisions. Plusieurs fois Bok Gwi Ju ainsi que sa sœur Bok Dong Hee diront « c’est mon choix », en prenant leur décision.

*

Voilà une thérapie familiale étrange mais étonnamment bien réussie, menée par une famille de parasites sur une famille dysfonctionnelle. On ne peut pas rater l’ironie de cette situation. Et la famille de parasites s’en retrouve également changée positivement, cerise sur le gâteau.

Il y aurait sûrement bien d’autres thématiques à explorer dans ce drama, mais celle-ci me semblait intéressante et rejoint mon point de vue sur l’intérêt des psychothérapies, individuelles comme familiales. C’est bien parce qu’il y a un regard nouveau et extérieur, qui nous décale de notre vision de nous-même, notamment en revisitant le passé mais en l’abordant sous un jour nouveau et en lien avec l’actuel, que des changements à effets thérapeutiques peuvent avoir lieu. Pour ceux qui l’ont vécu, il est évident que parler à des amis ou faire son « auto-analyse » ne pourra en aucun cas produire les mêmes effets (ce qui ne veut pas dire non plus que cela n'a pas d’effets positifs, bien évidemment).

Pour finir, nous voyons bien comment une famille qui s’est repliée sur elle-même, à la suite de drames, est entrée dans un processus morbide et mortifère. Le même, l’identique, l’enfermement dans un vase clôt sont l’inverse des mouvements de la vie, qui par essence nous confronte aux autres et à la différence. Au-delà de la question de la thérapie familiale, ce drama dit avec virtuosité combien la vie c’est s’ouvrir au monde extérieur, à la nouveauté et aux autres. Même quand la vie ne nous fait pas de cadeaux et que ces autres ne sont pas vraiment idéaux. C’est ce que vient pour moi confirmer la toute fin, lorsque le nouvel enfant, qui devient porteur du renouvellement familial, vient sauver Bok Gwi Ju et son couple. Une fin que j’ai particulièrement aimée, empreinte de poésie et de sens, mais aussi pleine d’espoir dans l’avenir.

 

So Drama

Crédit image: JTBC/ via Nautiljon

Atypical family

Date de dernière mise à jour : 09/05/2026

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